Tous ceux qui ont fait un peu d’harmonie tonale connaissent une règle de base : l’interdiction des octaves et des quintes parallèles. Évidemment cette interdiction, qui remonte aux grands principes du contrepoint et qu’on trouve dans des traités très anciens, n’est pas arbitraire, mais s’explique par de nombreuses raisons, en particulier acoustiques : tout dans la conduite des voix vise à les individualiser, et ces mouvements parallèles entre deux voix avec des intervalles aussi consonants donnent tout simplement l’impression qu’une voix disparaît subitement, ce qui modifie maladroitement la texture et rompt l’équilibre – l’harmonie.
Par exemple, en do majeur, sous un chant (au soprano) qui descendrait de ré à do, on ne peut pas écrire un enchaînement dans lequel une des voix, par ex l’alto, descendrait aussi de sol à fa. Par exemple, un enchaînement Dominante-sous-dominante du type sol-si-sol-ré/fa-la-fa-do, enchaînement tout à fait impensable d’ailleurs, qui combine de très nombreuses fautes, puisque, comme souvent en écriture, une faute en entraîne toujours d’autres. En l’occurrence, ce qui nous intéresse est l’enchaînement de quintes : sol-ré/fa-do.
Ce cas d’école est intéressant si on l’oppose à un cas particulier dans lequel, au contraire, les mêmes quintes parallèles sont autorisées – encore une fois, « autorisées » non par quelque règle arbitraire mais parce que cela « sonne bien ». Il s’agit du cas dans lequel une des notes impliquées dans ces quintes parallèles est étrangère à l’harmonie sous-jacente et constitue par exemple une note de passage entre un accord et le suivant. Par exemple, dans une cadence parfaite, on peut intercaler entre les accords sol-si-sol-ré et do-do-mi-do un accord de septième de dominante sol-si-fa-ré, mais on peut aussi remplacer le « ré » du soprano par l’anticipation du « do », de sorte qu’on se retrouverait avec un enchaînement sol-si-sol-ré/(sol-si)-fa-do/do-do-mi-do.
On retrouve bien notre enchaînement interdit sol-ré/fa-do, mais le contexte harmonique rend précisément cet enchaînement possible dans ce cas précis, parce que le « fa » du second accord est bien une note « réelle » de l’accord de septième de dominante ici amputé classiquement de sa quinte, mais au contraire le « do » n’est pas une note réelle ou « n’appartient pas » à l’accord en question mais constitue une note étrangère qui n’a pas de fonction harmonique mais seulement mélodique. La règle nous autorise donc à valider cette écriture qui est non seulement acceptable mais même bonne et qu’on retrouve souvent dans la musique. Ma question est : qu’est-ce qui justifie cette règle et surtout pourquoi entend-on différemment ces quintes parallèles?
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